2 heures à perdre ses frères.*

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Bonjour bonjour !

Tout d’abord je voudrai vous dire merci parce que je ne vous l’ai jamais vraiment dit. Merci pour ceux qui me suivent régulièrement et merci à ceux qui sont de passage. Ça n’a l’air de rien mais les traces de vos passages ici me font toujours très plaisir. Alors n’hésitez pas à réagir et me dire ce que vous pensez.

Voilà chose faite je peux à présent commencer mon article suivant assez attendu.

Hé oui je vais vous raconter la fois où j’ai cru perdre mes frères en Indonesia. (J’en ai rapidement parlé ici) Je ne pensais pas créer un tel suspens mais j’ai eu plusieurs demandes à ce sujet.

Nous étions donc sur cet jolie petite île appelée karimun jawa. (Je rappelle que je parle de cette île sur cet article)

Mes deux grands frères sont de vrais aventuriers et j’ai découvert qu’ils étaient beaucoup plus sportifs que je pensais. Moi, malgré mes trois heures de gym par semaines (bon ok, que je sèche un peu parfois…), j’ai du mal à les suivre mais je fais ce que je peux.

Mais quand ils décident d’aller nager jusqu’à un paquebot échoué à environ 2km de la rive je vous laisse deviner ma tête ! « Quoi ? Le paquebot ? Vous voulez dire le bateau tellement loin que vu d’ici il fait pas plus de la taille de la moitié de l’ongle de mon petit doigt ?! » Et oui même pas peur et puis ils ont les masques et tubas ce qui fait que c’est beaucoup moins fatiguant puisqu’ils peuvent faire des pauses.

Les parries sur le temps d’y aller sont lancés (et très optimistes…). Le plus grand, soudainement prit d’un soupçon de culpabilité sur sa position de digne grand frère, me propose de rester avec moi sur ce petit bout de plage parsemé d’algues et de tongs orphelines.

Mode gentille petite sœur activé je répond que je préfère être presque seule, accompagnée de mon bouquin, que de laisser mon autre frère seul au milieu de l’océan. Et puis sincèrement en Indonésie c’est pas là où j’ai le plus peur qu’il m’arrive quelque chose…

Assise sur le scooter et sur le seul point d’ombre je me plonge dans mon livre ne me rendant plus compte du temps qui passe. En une heure ils arrivent enfin au niveau du bateau, je crois voir le soupçon d’une silhouette qui me fait des signe sur le paquebot. Je crois aussi entendre des appels du genre « Hey coucou Sophie, regarde on est arrivé ! », tel un petit garçon fière d’avoir réussi à monter à l’envers du toboggan. Je souris, les oublis et continue de lire…

Je jette des petits coups d’œil et j’arrive à percevoir deux petits points se promener autour du bateau. Et puis je me rend compte que le paquebot n’a visiblement plus vraiment la même forme… Et doucement je le vois, sans vraiment voir, tourner sur lui même. Comme quand on regarde l’aiguille des minutes qui tournent. On la voit avancer sans vraiment voir du mouvement. Une petite sueur froide (malgré cette chaleur), je check mes frères et retourne à ma lecture.

Là j’oublie carrément le temps, mes frères, tout. Je suis à fond dans mon livre qui touche à sa fin et qui enchaine le suspens et quelques tristes moments. (Je l’ai beaucoup aimé malgré tout)

Je réalise que je n’ai pas de signe de mes frères depuis un moment. Ça se passe toujours comme ça quand ils font du snorkeling (masque et tuba). Je n’arrive quand même pas à me rassurer. Je suis pourtant de nature à ne pas s’inquiéter, à être très optimiste. Mais là il y a ce silence et ce calme beaucoup trop calme qui me donne de mauvaises intuitions.
J’essaies de les apercevoir, rien, juste la surface plane de la mer. L’angoisse monte, je commence à avancer dans l’eau et à les appeler. Rien… Les larmes montent aussi, ma respiration s’accélère et je force pour la reprendre. Crise d’angoisse enclenchée pendant 5/10 bonnes minutes. Et puis je vois au loin deux petits « traits » sortir de l’eau, très loin, au niveau du bateau. Soulagement je vais me calmer plus loin où je trouve deux vaches. C’est là où je me suis approché d’elles et que j’y ai identifié mes frères. L’une était couchée, très calme et posée comme Geoffrey et l’autre est vive et mangeait sans cesse comme Baptiste. (En somme j’ai un fainéant et un vif gourmand pour frères !)

Une fois les larmes séchées, la respiration régulée et la discussion achevée (avec les vaches, oui comme dans le film « seul au monde » la solitude a des conséquences…) je vais voir où en sont mes frères.

Le cauchemar reprend, aucunes traces d’eux. Rien. Encore ce silence insupportable et ce calme. Ça faisait sûrement deux heures et demi que j’étais seule. Pendant 5 minutes je fixe la mer en scrutant le moindre détail en espérant que ce soit un des deux. J’ai même passé une minute à fixer une bouée couleur chair en m’imaginant que c’était un d’eux qui me faisait « coucou ». Mais non.

Je ne voulais pas arrêter de m’inquiéter, j’étais la seule an pouvoir faire quelque chose si besoin et j’étais la seule à savoir bien sûre qu’ils étaient là, mais j’étais aussi la seule sur ce coin d’île.

Je cours dans l’eau (avec ma robe…), je grimpe sur le bateau le plus loin de la rive. Mais un bateau de pêche assez grand donc j’ai vraiment grimpé. Et je hurle de toute mes forces le nom de mes frères. Parfois j’hurlais le plus longtemps possible pour ne pas subir ce moment de silence plus intense encore après avoir crié. Et j’entendais ma mère dans ma tête qui me dit toujours « on t’entend pas avec ta petite voix ». Alors j’hurlais plus fort. Arrêter de crier c’était comme abandonner ou bien admettre qu’il se passait vraiment quelque chose alors je ne voulais pas arrêter mais j’étais obligé. Si il leur est arrivé quelque chose tout peut se jouer à quelques secondes près. Dans ma tête se passe des milliers de choses, je me vois annoncer à ma mère qu’elle a perdu ses deux garçons, je me vois rentrer seule plus tôt, j’imagine ma vie différente. C’est incontrôlable, c’est une véritable tempête cérébrale.

Je décide alors de trouver un bateau. Enfin plutôt de trouver quelqu’un qui possède un bateau parce que des bateaux je pouvais prendre celui que je voulais mais je ne serai pas allée très loin avec mes petits bras !

Je cours le long de la rive en espérant trouver une existence humaine. Mais pendant des mètres ce n’était que de la forêt qui déborde sur la mer. Je cours comme je peux puisque du coup je suis obligée d’avoir les pieds dans l’eau. Entre les larmes et la suffocation je slalome entre les tongs et les sacs échoués, c’en est presque macabre. Je continue, j’hurle sans plus m’en rendre vraiment compte des « help ! Someone ! Baptiste ! Please ! »
On m’aurait filmé on aurait cru une scène d’un film tragique. En y repensant j’ai honte mais c’était normal.

À ce moment je ne veux pas croire à ce qui pourrait être arrivé à mes frères mais je ne vois pas d’autres hypothèses. Ils sont censé faire l’aller retour, ça fait bien trop longtemps que je n’ai pas de signes d’eux pour qu’il ne leur soit rien arrivé, il faut se rendre à l’évidence, tout n’arrive pas qu’aux autres.

Je continue ma course dramatique, je croise même un crocodile ! Je fais un bond, je me rend compte qu’il est mort, c’est encore pire, ça fuse dans ma tête, je me dis qu’il se sont fait attraper par un croco ou un requin. Il n’y a même plus de plage, que des roches, je tente de ne pas réfléchir et de courir jusqu’à trouver quelqu’un. (Il s’avère que le crocodile en question n’en était pas un mais c’était un énooorme lézard d’au moins un mètre.)

Lueur d’espoir, j’aperçois 3 enfants d’une petite dizaine d’année, et une plage avec une maison et un bateau. Je pleure deux fois plus. Et puis soudain j’entends… « SOPHIE ! »

Photo ?

Je tourne la tête, vois mon frère qui me montre qu’il est là depuis l’eau, je coupe ma respiration, je m’effondre par terre, les enfants à 30 mètres de moi partent en courant, je tremble.

Baptiste en courant arrive en premier, inquiet de me voir dans cet état me pose mille questions « Qu’est ce qui ce passe ? On t’a embêté ? Dis moi ! ». Essoufflé par l’angoisse qui retombe et par ma course je ne pouvais pas répondre. J’arrive finalement à sortir entre deux inspirations « Ça fait plus d’une heure que vous aviez disparu. »
Réponse « Haa ! Tu t’inquiétais pour nous ?! » D’un air soulagé genre « ah ça va, c’est que ça »
Bah oui tu le savais toi que t’étais vivant et que vous aviez décidé de faire un maxi détour plutôt qu’un aller retour comme prévu.

Geoffrey arrive me prend dans ses bras. Généralement je ne refuse jamais et là non plus mais seulement parce que je n’avais pas la force de le repousser mais c’était pas l’envie qui manquait.

On est alors reparti tranquillement vers » la plage » où je les attendais au début, on suivait mes traces de pas dans le sens inverse. Geoffrey trouvait ça mignon et Baptise à rigolé en voyant le terrible crocodile mort. Je suis ensuite allée dire au revoir à mes vaches et leur dire aussi que j’avais retrouvé mes frères (ah oui oui, elles étaient aussi inquiètes que moi…) et puis nous sommes rentrés à dos de scooter. À trois, comme j’en rêvais pendant mon cauchemar.

Chaque fois que je raconte cet épisode j’ai cette angoisse qui revient, ce goût amer et cette frustration d’être impuissante face à cet éventuel drame. Mais il y a aussi de l’espoir évidemment, je ne pourrai jamais me dire qu’ils sont morts tant que j’en n’aurai pas la preuve la plus évidente.

Voilà j’espère que ceux qui attendaient cet article l’ont apprécié.
Pour le prochain article je vous raconterai notre découverte d’une petite île et de ses 3 extraordinaires habitants. Pour être au courant vous pouvez me suivre sur Facebook ou Hellocoton.

À bientôt. *

 

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14 réflexions sur “2 heures à perdre ses frères.*

  1. Oh l’angoisse !

    Je préfère lire ce genre de choses dans un bon bouquin, pas quand c’est toi qui le raconte ! J’ai limite ressenti et pu « vivre » chaque mot. En tout cas, j’imagine la frayeur que tu as dû avoir ; pas celle du genre « aaaaah une araignée », non, la vraie frayeur que tu n’espères vivre qu’une fois dans ta vie.

    Tout est bien qui fini bien ! (Avec j’espère une bonne correction pour les 2 chenapans de ta part !)

  2. Quelle angoisse!!! C’est vrai que c’est dingue comme on peu tout de suite se projeter dans un monde parallèle dans lequel nos proche ont disparu… M’enfin, heureusement, tout est bien qui finit bien comme on dit! Ce ne sont pas les vaches qui diront le contraire!

  3. La première impression qui me vient à l’esprit, c’est « quelle horreur ». Je ne peux qu’imaginer ce que tu as ressenti, seule sur cette île. Je comprends que tu sois sous le choc et que tu ai encore du mal à en parler, c’est éprouvant comme expérience Sophie.
    Je crois que si ça m’était arrivé, j’aurai eu envie de leur filer des raclées à mes frères…
    Grosses bises et merci pour le partage de ce récit qui fait froid dans le dos.

    • Quelle horreur, tu l’as dit ! Haha
      Oui j’avais plus ou moins envie de les gifler mais j’étais tellement soulager de les voir que j’avais juste envie de pleurer haha !
      Merci à toi de commenter et d’avoir tout lu 😉 bisous

  4. Haletant, c’est le mot ! Quel stress, j’imagine même pas qu’un tel truc puisse m’arriver. Puis quand tes à l’autre bout du monde, c’est encore pire ! Heureusement que tout a bien fini ❤
    Bisous

    Ana ~

  5. Que dire? Un récit haletant…même en en connaissant l’heureuse issue, nous sommes avec toi Sophie et partageons vraiment toutes ces émotions…je ne vois qu’une morale à cette histoire…tes frères sont de sacrés coachs pour te faire découvrir la vie dans toutes ses dimensions…t’embrasse, Catherine B

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